06 avril 2013

L'homme politique doit-il être un homme ?


Pour essayer de penser « l’affaire Cahuzac », il faut essayer de se libérer de ce voudrait nous en faire penser la parole publique.
Il est de plus en plus difficile de séparer aujourd’hui l’information de l’affect dans les médias. Les médias ne nous informent moins qu’ils informent nos affects.
Inutile de compter sur les hommes politiques pour nous aider. Ecouter Mélenchon ou Copé ou tout défenseur du gouvernement c’est tendre le cou pour se faire pendre au réverbère de l’abrutissement intellectuel. Ils pensent pour nous. Ils sont offusqués. C'est la faute de celui d'en face.

L’affaire Cahuzac, donc.
Un homme, chirurgien esthétique avant que d’être politique, a placé son argent dans un paradis fiscal afin de le soustraire à l’impôt. Cet homme a été plus tard nommé ministre du budget, ses compétences ont été reconnues par la classe politique tout entière, sa rigueur a été saluée, il faisait partie des réalistes de gauche, du centre gauche, voir de la droite du centre gauche,  tout pour plaire, ou déplaire à tout le monde. Et surtout aux pères la morale, aux idéologues, à Edwy Plenel et Médiapart en particulier.
Son secret a été « balancé » et, drapé dans sa réputation de rigueur, de droiture intellectuelle et de mesure politique, le chirurgien ministre s’est enfoncé dans la « spirale du mensonge ». Mal conseillé peut-être, il a nié, nié puis nié encore, espérant que s’essouffle la campagne contre lui, et que s’essouffle la justice.
Mais surtout, le ministre ne pouvait revenir en arrière car il avait menti à celui qui lui avait fait confiance, à celui qui l’avait nommé, qui lui avait donné son nom : le Président, le Parti, le Père, qui vous voulez : Celui qui l'aimait.
Mentir à celui qui vous aime, celui qui vous a fait c’est se condamner à vous enfoncer dans le mensonge, à aggraver la faute, à ne plus pouvoir l’avouer ni se la faire pardonner.
Qu’importe la position de ministre, qu’importe le fait d’être ministre du budget, de la rigueur financière, de la lutte contre l’évasion fiscale alors même que vous faites partie des voyous. Qu’importe cette réalité là.
La réalité humaine est plus forte, elle balaie les idées, les idéologies et les principes politiques ou moraux.
Vous mentez à celui qui vous aime pour obtenir ou renforcer son amour.
Plus vous mentez par amour et moins vous pouvez vous en sortir car ce que vous allez perdre c’est ce pour quoi vous avez menti.
Qu’importe que Cahuzac affaiblisse le Président, le gouvernement, la gauche, la République, la France.
Qu’importe parce que c’est faux.
Il est faux de dire qu’être humain affaiblisse quoi que ce soit.
Cahuzac montre qu’un homme politique est un être humain misérable comme les autres. Il le montre après Strauss Kahn.
Nous devons nous demander pourquoi nous voulons à ce point que les hommes politiques soient moins humains que nous, moins misérables que nous. Pourquoi la misère serait notre lot à nous et leur serait épargnée à eux.
Parce qu’ils ont le pouvoir ? Ils ne sont pas nés dedans. Ils sont nés hommes comme nous avant que d’être hommes politiques. Le pouvoir,  nous le leur donnons. Et nous faisons attention à ce qu’ils n’en abusent pas. C’est pour cela que nous avons des contrôles, une presse libre et une justice indépendante. C’est bien parce que nous savons que nos hommes politiques sont humains.
Cessons de nous offusquer. Le tricheur a été démasqué. Nous aurions du mieux nous protéger en exigeant de meilleures modalités de contrôle. Nous aurions du exiger que le pouvoir que nous concédons à certains hommes soit compensé par un contrôle plus adroit, plus puissant. Et si nous avons failli, nous devons simplement en prendre acte et aller plus avant dans les réformes de notre démocratie.
Aux USA, le dispositif est plus dur. Un Cahuzac n’aurait jamais été nommé ministre. Le cadavre dans son placard aurait été découvert bien avant.
Mais nous, en France, nous pensons que les hommes sont purs, doivent être purs. Pas besoin de dispositif pour nous protéger !
Il suffit juste que nos hommes politiques ne soient pas humains ! C’est bien plus simple, bien plus sûr.
Et bien plus désastreux.
Nous sommes des idéalistes et c’est cet idéalisme qui se retourne contre nous. Nous sommes romantiques et nous nous faisons du mal.
Cahuzac nous a menti comme nous, nous nous mentons à nous-mêmes.
Non, ce n’est pas d’être humain, messieurs les Robespierre, qu’un homme politique peut nuire à notre société ou même la déshonorer. Ce n’est pas d’avoir un compte bancaire secret, de se soustraire à l’impôt, d’interdire aux autres ce qu’on fait soi-même, de mentir ou de voler.

C’est d’être inhumain. C’est d’être un dictateur, de se servir de la politique pour manger le peuple, de tuer au nom de la pureté et de se prendre pour Dieu.



5 commentaires:

  1. je suis assez d'accord avec tout ce que vous écrivez, mais je crois que le mal est plus profond. Avant de mettre en place des méthodes pour "filtrer" les candidats ministres, il faut reconnaitre que les politiciens ne sont pas différents de nous, ils font partie de nous. Nous les choisissons, dans la cellule d'un parti, dans une petite collectivité, sur un marché, etc...
    Nous voulons qu'ils nous séduisent, nous rassurent. Tant qu'on cherchera des bergers, qui serons-nous ?
    La tentation de leur prêter une humanité différente de la notre nous amène au "tous pourris".
    Je crois que tout le monde doit grandir, et ce n'est pas la direction que l'on prend.
    J.S

    RépondreSupprimer
  2. Euh je ne vois pas ce qu'il y a "d"humain" à manquer d'Intégrité et le Sens des Valeurs dans son parcours professionnel.
    Oui un homme politique nuit à la société en ayant "un compte bancaire secret, de se soustraire à l’impôt, d’interdire aux autres ce qu’on fait soi-même, de mentir ou de voler."
    Pas besoin d'être dictateur.
    Ca va...
    Vous y voyez trop d'affect et de psychologie là où on a affaire à des hommes déconnectés, sans honneur.
    Comment accepter d'être ministre du budget, de faire la chasse à la fraude fiscale quand vous êtes vous même un grugeur depuis 20 ans?
    Comment ou peut se regarder en face? En se disant que c'est "pas grave" et donc faire mal son boulot.
    Certains "humains" ont le sens des valeurs... D'autres pas.
    Lui ne l'a pas. Il n'a pas d'honneur. Sinon il aurait assumer sans se raccrocher aux branches comme il le fait encore aujourd'hui.
    Il s'est compromis, ça arrive, ça s'explique, ça se comprend, ça se pardonne, mais c'est mal et ça se paye.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Il s'est compromis, ça arrive, ça s'explique, ça se comprend, ça se pardonne, mais c'est mal et ça se paye."
      C'est mal et ça se paie, oui.
      Je suis tout à fait d'accord.
      Il ne "déshonore" pas pour autant la République Française. Elle est bien plus forte que ça. Les envolées lyriques des politiques et des journalistes sont ridicules, voire suspectes. Ceux qui hurlent au nom de ce que les hommes politiques doivent être purs sont ceux qui nous pendront à un réverbère le jour où ils seront au pouvoir.

      Supprimer
    2. C'est arrivé dans un contexte de crise économique gravissime ou des personnes souffrent énormément, ces mêmes personnes qui avaient justement voté pour un changement, une république plus égalitaire...
      Finalement tout cela n 'est qu 'une question de prise de conscience que les clivages gauches droite n 'existent plus depuis longtemps, que le peupe n 'est pas representé par les leurs mais par une cohorte d ' Enarques bien souvent et/ou d 'ultra nantis qui n 'ont embrassés la carrière politique non pas par idéologie mais par soif du pouvoir et de l 'argent... Plus que tout, ici le mensonge éhonté a été le détonateur de cette vague médiatique sur Monsieur Cahuzac, vague qui fait suite à une autre vague l ' affaire N Sarkozy ( quel hasard lol!) mais ces vagues annoncent un véritable futur tzunami dont j 'ai bien peur l 'extrême droite venue en plus " s'enrichir" de l 'opposition "du mariage pour tous" devrait voir ses voix augmenter d 'une manière sensible. Je suis désolée Eric je ne peux adhérer à Il s'est compromis, ça arrive, ça s'explique, ça se comprend, ça se pardonne pour un homme dont la probité n 'a jamais existé et qui a continué à mentir, on lui a demandé de partir sinon il serait rester au gouvernement, tout ceci n 'est pas pardonnable non plus quand on voit les efforts demandés aux classes moyennes pour que l 'état puisse se sortir du marasme économique dans lequel il se trouve ce depuis de nombreuses années certes mais tout de même. Je ne veux pas pardonner à un homme politique sensé donner l exemple à son pays et qui cache ses avoirs pour ne pas contribuer aux charges étatiques ... La République française n 'est plus forte elle ne le parait que pour les personnes vivants dans une bulle, personnes bien souvent aux commandes d l 'état ou autre et qui n 'ont aucune connaissance de la réalité terrain... Et puis quel exemple pour les enfants de cette république surtout...Quelle morale vont ils en retirer ?

      Supprimer
  3. Bonjour, enfin un peu autre chose que le discours convenu des médias.

    J'ai juste envie d'ajouter deux petites réflexions :

    1. OK les hommes politiques sont humains mais la seule mais bien la seule chose que j'attends d'eux c'est qu'ils ne puissent pas faire l'objet de pressions de tiers. Or, cette fragilité bien humaine les rend vulnérables aux pressions. Si on peut les faire chanter, qui gouverne ?

    2. Personnellement, je ne connais personne qui fasse de la politique mais je ne suis que quelqu'un comme tout le monde mais autour de moi personne n'en connait non plus. Alors sont ils vraiment comme tout le monde ?

    Et enfin merci pour ce blog passionnant. Une véritable plongée dans toute la difficulté de ce travail infiniment complexe et exigeant. Peut être que je ne regarderai plus les films comme avant.

    Merci !!

    ARO

    RépondreSupprimer