28 avril 2017

Lettre à ceux qui sont tentés par l'abstention

J-3 avant le désastre
Le désastre peut s’appeler chez moi Le Pen.
Je le sais, il peut s’appeler chez vous Macron également.

Je m’adresse à ceux qui aujourd’hui affrontent un dilemme terrible que je comprends.
Je le comprends d’autant mieux qu’avant les résultats du premier tour, j’avais déjà réfléchi au dilemme qui pourrait être le mien si Mélenchon était finaliste contre Le Pen. J’aurais eu moi-même à affronter deux perspectives que je jugeais être désastreuses et à choisir l’une des deux.
J’ai écrit (Facebook, mon blog) à l’avance que j’aurais voté Mélenchon.

Avant de vous parler de ce dilemme que vous vivez, je veux vous dire très vite d’où je parle pour que tout soit clair.

Je suis petit fils d’immigrés juifs polonais. Mes grands-parents  paternels étaient communistes.
Je suis enfant d’enfants cachés pendant la guerre.
Je suis petit-fils d’un homme arrêté par la gendarmerie française, livré par eux aux Allemands et mort en déportation dans le camp nazi de Maidanek.
C’est dire les raisons que j’ai de choisir n’importe quel bulletin contre l’extrême droite,  les héritiers de Pétain, les complices de révisionnistes et les partisans de la préférence nationale.
On peut ne pas avoir ces raisons plutôt personnelles, intimes même. On peut aussi estimer que Le Pen, ça n’a rien à voir avec tout ça.

Autre chose : j’ai voté Macron au premier tour. Ça n’était pas pour moi un vote utile ni un vote par défaut. Je pense que les solutions réalistes pour régler les problèmes du chômage, des inégalités sociales et de la nécessaire adaptation à ce monde globalisé qui change si vite, c’est Emmanuel Macron qui les propose.
On peut ne pas partager cette opinion.

On peut avoir l’opinion contraire : Le projet de Macron serait justement ce qui crée de l’inégalité, de la précarité et donc de la violence sociale, et donc du désespoir, et donc nourrirait la tentation de l’extrême-droite. J’entends cette opinion.

Un dernier mot : j’ai dans ma jeunesse fréquenté les trotskistes, les autonomistes bretons (sic), et j’ai toujours voté à gauche, la gauche socialiste.
J’ai toujours pensé que les inégalités sociales sont créées par la société et que c’était donc le devoir de la société que de les compenser, de les aplanir, de les traiter, à l’opposé de la droite qui selon moi jugeait ces inégalités comme naturelles et ainsi qu’on ne pouvait et ne devait rien y faire.
J’ai toujours été partisan de la liberté, liberté d’opinion, de mœurs, et donc la droite de l’ordre moral a toujours été mon adversaire. Dans les années 70 ça voulait dire quelque chose.
Un tout dernier mot : je gagne enfin bien ma vie grâce à mes films, les salaires que je reçois et les droits d’auteur. Personne ne faisait de cinéma dans ma famille. Je n’ai été aidé par personne. J’ai juste été à l’école, au lycée Jacques Decour à Paris, j’ai fait l’IDHEC. Des établissements publics. Et je paie beaucoup d’impôts. Et je men fous.

Je suis clair avec d’où je viens, si ça vous dégoûte déjà, vous pouvez arrêter la lecture de cette lettre que je vous adresse.

J’ai la trouille, je ne vous le cache pas, pour les raisons que vous pouvez comprendre, j’ai l’impression que les nervis du GUD, si Le Pen passe, viendront me chercher, vous chercher, quand ils le souhaiteront, en toute impunité, j’ai l’impression que le pire va recommencer, que ça va être la curée. C’est probablement exagéré, mais personnellement je ne prendrai jamais le risque. Si les sondages me disent que Le Pen va faire 10%, je voterai quand même contre elle.

Aujourd’hui tout le monde se tourne vers vous, car vous semblez avoir le scrutin en main. C’est votre abstention, dit-on, qui pourrait donner une chance à Le Pen de prendre le pouvoir.
Oui on essaie de vous culpabiliser (versant négatif), oui on essaie de vous séduire (versant positif).
Vous estimez que Macron est aussi atroce que Le Pen, et que c’est terrible de devoir choisir entre la peste et le choléra.

Je ne vais pas parler économie. D’abord je ne m’y connais pas obligatoirement mieux que vous. Je pense que personne, même les grands économistes qui ne sont pas d’accord entre eux, personne ne peut affirmer à 100% avoir raison.

Vous seriez dégoûté d’une remise en cause du droit du travail telle que vous l’a laissée entrevoir la loi El Khomry ? Je peux le comprendre. Mais je suis convaincu que vous n’êtes pas moins dégoûté par la préférence nationale.
Vous pensez que la sortie de l’Europe et de l’Euro est une bonne chose ? L’Europe technocrate et financière qui décide pour nous ? Le Pen le pense aussi. Mais elle veut financer les coûts exorbitants d’une telle sortie avec la préférence nationale, la taxe à l’importation et le renvoi des immigrés. Je ne pense pas que vous soyez en phase avec ça.
Je ne crois pas que des considérations économiques puissent apaiser votre dilemme.

Je sais que vous ne voulez pas de Le Pen, mais vous ne voulez pas lui faire barrage en votant pour ce que vous détestez (presque ?) autant.
Le barrage à Le Pen ne vaut pas de se salir les mains, de se compromettre, de céder sur ses idées.

Personnellement, je pense que si. Céder sur ses idées on le fait parfois. Parfois par amour, parfois par simple respect de l’autre.

Il y a une balance à faire et un raisonnement pragmatique et politique.
Balance : Mis à part le programme économique, et donc le choix de répartition sociale que cela implique, que vous mettez dos à dos, il y a d’autres considérations. Et en particulier les considérations sociétales, culturelles, humanistes. Là, concrètement, et au-delà des grands mots, il n’y a pas photo. Avec Macron, les gens ne seront pas stigmatisés, ni pour leur origine, ni pour leur choix de vie amoureuse, ni pour leurs opinions. Macron est peut-être libéral, mais il n’est pas partisan de l’ordre moral, il n’est pas réactionnaire. Vous pensez qu’il a la haine des pauvres ? Des gens qui souffrent ? De ceux qui n’ont pas la chance d’être bien nés, au bon endroit, avec les bons parents ? Je pense que vous lui faites là un procès d’intention injuste en tous les cas excessif. Si c’était le cas, je serais d’accord avec vous pour dire qu’il est un fasciste libéral : détestant le faible, voulant l’empêcher de nuire. La haine du faible, c’est le fascisme. Le faible s’appelle l’immigré, l’étranger, le juif, l’arabe, le pauvre, le miséreux, le crasseux. La haine du faible, c’est la haine de soi, la lâche fuite devant sa propre faiblesse. Macron, ça n’est pas ça. Je devrais dire que Macron, je l’espère, ça n’est pas ça. Le Pen, c’est ça. Un doute d’un coté, une certitude de l’autre.

L’extrême droite au pouvoir, c’est l’interdiction des associations qui ne leur plaisent pas, c’est la réorganisation des bibliothèques municipales afin d’y retirer les livres qui ne leur plaisent pas, c’est la mise au pas graduelle de la presse en privilégiant les fake news et une vérité officielle mensongère. C’est susciter la violence contre eux, les manifestations, pour pouvoir mieux la réprimer et taper sur les opposants. C’est créer cette dialectique : révolution-contre révolution. C’est légitimer la violence politique, policière et parfois militaire en se parant de la défense de l’ordre public contre la violence des réactions que ne manqueront pas de susciter leurs premières décisions.
Macron ça n’est pas (et là, je le sais).

Vous savez tout ça, vous me direz. Inutile de vous le rappeler.
Votre dilemme demeure donc.

Je pense encore une chose. L’Europe a été construite pour éviter que les nations règlent leurs problèmes de gré à gré, deux à deux, face à face. Pour éviter la guerre.
Revenir à cette Europe, c’est réellement prendre le risque de la guerre.
Vous voulez que je vous dise ma trouille ?
La victoire de Le Pen, favorable à la sortie de l’Euro et de l’Europe, va créer une crise financière, en France, en Europe et dans le monde. La France, ça n’est pas l’Amérique. Si la plus puissante économie mondiale peut se permettre d’élire Trump (un gros libéral admiré par Le Pen) et imposer ainsi son choix au monde, la France n’a pas cette puissance et ne peut rien imposer à personne.
Sauf sur le plan moral.
La France peut aujourd’hui être la honte de l’Europe en revenant à ses démons d’autrefois, elle peut être la crainte de l’Europe en la faisant exploser (non pas en la réformant ou en l’améliorant, en la faisant littéralement exploser), ou elle peut de nouveau être le pays qui résiste, un modèle pour tous les autres. Ce choix est aussi le nôtre.
Revenons à ma crainte : La sortie de l’Euro va créer une vraie crise financière et économique. Les nations vont être obligées soit de s’entendre entre elles sans la France, soit de s’entendre entre elles de gré à gré comme avant. Alors oui, la France va nouer des relations bilatérales. Et ça c’est le risque de la guerre.
Oui, ça semble grandiloquent, et je suis peut-être ridicule en disant cela, mais il y a un risque de créer aujourd’hui, par notre vote, par notre abstention, de créer un monde où la guerre est de nouveau possible.

Je ne crois pas que Le Pen et Macron soient le même mal. Même si on pense qu’ils sont tous deux un mal, ça n’est pas le même et ça n’est pas la même intensité.

Vous favoriseriez Le Pen pour accélérer l’alternance de gauche plus tard ? Macron sera également menacé d’une alternance à gauche. Mais attention : l’alternance à Le Pen Ne sera pas seulement la gauche. Ce sera aussi la droite ou le centre. Ce calcul est bien aléatoire.

Alors pourquoi choisir ?

Ne soyez pas la génération qui a permis la victoire de Le Pen. Vous n’êtes pour rien dans son ascension, vous n’êtes pour rien dans sa place aujourd’hui.
Mais vous pouvez aujourd’hui faire quelque chose pour qu’elle n’arrive pas au pouvoir.
Je reprends donc : ne soyez pas la génération qui n’aura pas tout fait pour lui faire barrage. Cette génération là sera historiquement celle de la honte.
Macron ne sera pas votre honte. Il sera ce que vous détestez, ce que vous combattez, et vous pourrez le faire dès les législatives.
Voter pour lui c’est juste ne pas consentir à la victoire de l’extrême droite. Juste cela et rien d’autre.
Macron, pour vous, n’est pas aujourd’hui le nom de l’ultra-libéralisme, de la finance toute puissance, du mépris pour ceux qui souffrent. Non, Macron, pour vous aujourd’hui c’est le nom du NON à Le Pen. C’est tout.

Je le sais, Chirac en 2002 ne vous a pas aidé. Il a été élu avec 80% des voix et n’en a pas tenu compte. Il n’a pas tenu compte que son nom était celui d’un rassemblement. Et j’entends l’argument qui dit : je ne veux plus me faire avoir.
J’aurais envi de répondre : personne ne s’est fait avoir. Personne n’a été dupé au bout du compte. Chirac a été méprisant pour ses électeurs, mais ses électeurs savaient aussi à quoi ils disaient non et à quoi ils ne disaient pas « oui ».

Ai-je seulement éclairé votre dilemme ?
Je sais qu’il est dur. Je sais qu’il est douloureux.
C’est le début d’une période politique compliquée dont vous faites déjà, aujourd’hui, l’expérience.

Je vous salue et j’accueillerai votre choix soit avec joie, gratitude et fierté pour la France, soit avec mélancolie.
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18 avril 2017

Les deux erreurs

Il y a des erreurs que l’on paie des décennies plus tard.
Pour cette élection présidentielle, nous payons deux erreurs politiques majeures : celle de Chirac en 2002 et celle de Hollande en 2005.
En 2002, Jacques Chirac est élu président avec 80% des voix contre J.M. Le Pen. Le front républicain a été énorme. Au premier tour, Chirac avait obtenu 21% des suffrages. C’est dire à quel point il n’a pas été élu président sur son programme.
Et pourtant, refusant de tenir compte des circonstances exceptionnelles de son élection, il fut le président de droite qu’il avait promis d’être quand il aurait du être le président de la République, je dis bien : de la République.
Le risque de voir Le Pen présidente après un second tour où elle aurait été confrontée à un des trois autres possibles finalistes est une conséquence de cette erreur politique majeure. De très nombreux électeurs ont eu le sentiment de s’être « fait avoir » et on ne les y reprendra plus. Si malgré cet épisode de 2002, je ne suis pas d’accord avec l’idée de renvoyer dos à dos un candidat républicain et la représentante de l’extrême droite, héritière du pétainisme, je ne comprends pas moins ces électeurs qui craignent d’être floués de nouveau par un candidat qui leur devrait la victoire et transformerait en plébiscite personnel ce qui n’aurait été que celui de la République.
J’enjoins le candidat qui, passant le premier tour avec un maximum probable de 24 % des suffrages, serait élu président de la République avec donc plus de 50% des votants contre Le Pen, de ne pas tromper une fois de plus le peuple français qui aura fait preuve d’un esprit de résistance (qui a fait défaut aux américains et aux britanniques) et une fois de plus prouvé sa noblesse. J’enjoins ce candidat de trouver les moyens politiques et intellectuels de rester fidèle à l’esprit qui aura soufflé sur son élection.
Et ceci aussi afin de préserver l’avenir.

La seconde erreur, encore plus grave me semble-t-il partait probablement d’une orientation positive: L’effort de François Hollande pour préserver l’unité du PS alors que le parti venait de se déchirer sur le référendum relatif au traité européen en 2005.
En agissant de la sorte il a empêché l’aggiornamento nécessaire du PS et celui de la gauche française en général. Il a volontairement arasé les différences entre ces deux « gauches irréconciliables » qu’a pointées avec lucidité Manuel Valls.
Cette différence était si importante qu’il en a lui-même pâti une fois président. Cette gauche du « non » l’a empêché de gouverner. Il faut dire qu’il appartenait lui-même à l'autre gauche et que l’assemblée était dirigée par ce PS recousu à la va-vite, cette créature hybride qui se brise sous nos yeux aujourd’hui.
Une erreur qui nous envoie un Jean-Luc Mélenchon aussi dangereux pour la France que Marine Le Pen, même si son discours semble plus généreux. Une erreur que Hollande essaie aujourd’hui de réparer en dénonçant le danger populiste. Un danger directement issu de ce colmatage fautif qui a justement empêché l’émergence de cette force représentée par Emmanuel Macron, une force qui lui a fait cruellement défaut à l’assemblée et qui explique en partie son échec historique.

Nous payons ces deux erreurs qui nous mettent aujourd’hui en face de cette triste réalité : la possibilité de voir élire un fossoyeur de la France, de l’Europe et probablement du monde actuel.
A ceux qui la désirent, cette catastrophe, par dépit, aigreur ou plus simplement désespoir, je n’ai rien aujourd’hui à dire, si ce n’est qu’ils jouent avec un feu qui se retournera contre eux dès les premiers mois de la victoire des apprentis sorciers.
A ceux qui croient réellement au changement et non au chaos, et en particulier, à mes amis qui voudraient voter Mélenchon.
Souvenez vous du tournant de la rigueur de 1983. Deux ans après l’arrivée de la gauche au pouvoir il fallait se rendre à l’évidence : le monde était déjà interconnecté avant même l’arrivée d’Internet et on ne pouvait déjà plus changer la société d’un pays moderne comme la France sans changer le monde autour de lui. Résultat : la France allait à sa ruine, il fallait redresser la barre. La gauche devenait gouvernementale. Une gauche contre laquelle Mélenchon se positionne.
Souvenez-vous de la Grèce de Tsipras. Où en est-elle aujourd’hui ?
Deux expériences de gauche qui n’ont pas abouti à ce qu’elles avaient promis.
Il en sera de même avec Mélenchon. Il ne pourra rien faire de ce qu’il dit. Il le sait. Il n’avait pas prévu d’aller aussi loin.
Et si jamais il va jusqu’au bout ; si jamais il applique sa politique de repli sur soi sous le masque d’un renversement d’alliances (bolivariennes ? sérieux ?), la crise mondiale qui suivra immanquablement celle de l’Europe l’empêchera de faire quoi que ce soit. Mais le chaos sera à notre porte. Mélenchon n'aura pas les millards sur lesquels il mise pour appliquer sa politique insensée, ces millards feront défaut à tout le monde mais certainement plus à ceux qui auront décidé de faire défaut sur la dette.
Oui, voter Mélenchon c’est donner un coup de pied dans la fourmilière, oui c’est envoyer un message radical à ceux qui ont trop longtemps ignoré la fureur qui bruissait, oui c’est peut-être la revanche des laissés-pour-compte.
Mais ça n’aboutira à rien se ce n’est à plus de stupeur, de pauvreté, de précarité et d’injustice : comme au Venezuela justement.
C’est cela le populisme (qu’ils revendiquent comme étant une vertu) : parler facile et fuir la réalité, jouer avec le destin des gens pour son propre égo, jouer avec la vie des autres pour la jouissance de leur amour actuel.
Nous payons aujourd’hui deux erreurs du début des années 2000.

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Ne commettons pas la troisième qui sera irréparable.

02 avril 2017

Pourquoi je vote Macron

Pourquoi je vote Macron

C’est étonnant d’entendre dire que les français sont mécontents de l’offre politique actuelle. Le spectre politique n’a jamais été mieux représenté. De l’extrême droite (en plusieurs versions : débile, dangereuse, sournoise), à la droite (libérale) en passant par le centre (ni gauche ni droite pour une fois), la vraie gauche (tendance frondeurs) à l’extrême gauche (en plusieurs versions : puissante, dangereuse, débile), que manque-t-il ?
Les écologistes ? Ils sont un peu partout et plutôt bien représentés.
Cette année est l’année des clarifications.
Le Parti Socialiste paie son obstination à dénier ses contradictions. Une obstination incarnée par François Hollande. Il faut se rappeler la déloyauté extraordinaire d’un Laurent Fabius au moment du référendum sur le traité européen. Le PS aurait du éclater. Il faut se rappeler le déchirement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Il faut se rappeler l’opposition frontale du PS à François Hollande.
Je persiste à penser que son échec est dû à son manque de majorité.  La gauche – par radicalité -  a refusé de le suivre. Il n’a pas su s’imposer à elle. Il n’a su que composer, tergiverser. Résultat : cinq ans pour rien. Dommage.
J’y ai cru quand il a nommé Valls premier ministre. Au moins, il clarifiait son positionnement politique.
Mais ça n’a rien donné. Pas de majorité pour voter les réformes. Alors les réformes ont été imposées ou votés sous une forme édulcorée, émoussée, inefficace. Après les deux ans d’impôts ridicules, la colère est montée. Impuissance et faiblesse ont toujours provoqué la violence.

Cette année, on clarifie : la gauche est éclatée parce qu’elle est encore dans l’ancien monde. Un monde qui ne se divise plus entre étatisation et privatisation, entre intervention de l’Etat et puissance du privé, entre droite libérale et gauche sociale, entre puissances de l’argent et puissance du travail.
La France n’a jamais été libérale ! La France a toujours été gouvernée au centre gauche dans un soucis permanent de la défense des acquis sociaux.
Le modèle social français n’a jamais été remis en cause, ni par la droite ni par la gauche.
Qu’a-t-il donné ce modèle social ? Chômage de masse, pauvreté, repli industriel. La seule réforme de gauche depuis 1997, ce sont les 35 heures. C’est une blague ? Où sont les résultats ? Et on propose 32 ?
Le déni de l’échec, voilà ce dont crève la gauche.
Quant à la droite, elle n’a cessé de donner des coups de mentons mais n’a jamais réussi à réformer non plus. Chirac et sa fracture sociale (slogan de gauche), Sarkozy et son « travailler plus pour gagner plus » qui n’a finalement rien fait pour changer la structure, ils n’ont jamais été libéraux.
Alors Fillon a été cette promesse. Enfin le grand soir libéral ! Plébiscité par les électeurs de droites. Outre qu’à ce ce grand soir j’ai bien peur que les français préfèrent le grand soir national (pas moi, je le dis, au second tour je voterais Fillon s’il était présent contre Le Pen, comme je voterais Hamon ou Mélenchon d'ailleurs), Fillon, l’homme, va peut-être simplement tuer la droite. C’est l’homme qui la fait perdre. Pas le programme. Au point que l’homme veut à tout prix s’effacer derrière le programme. Mais non, François Fillon, on élit un homme ! C’est ça la présidentielle.
Alors l’extrême droite va-t-elle prendre le pouvoir, pour la première fois depuis 1939 ??!!!
Les nervis du GUD vont-ils réellement entrer au ministère de l’Intérieur ? à la DGSE ? La DGSI ? Les gens en ont-ils tellement marre qu’ils vont réellement leur permettre de saisir tous les leviers ? Ceux de nous écouter, de nous surveiller, de nous contrôler ? De décider si on est français ou non ? De décider des films, des musiques, des spectacles, des livres avec lesquels on veut vivre ? De décider qui doit aimer qui, comment aimer ? Vraiment ? Va-t-on vraiment les laisser nous faire quitter l’Europe et obliger tout l’Europe à revenir à un système de nations qui contractent les unes avec les autres ? Va-t-on réellement les laisser nous faire revenir dans un monde qui a été celui de la guerre ?
C’est possible. C’est triste à mourir, mais c’est possible. Ceux qui n’y croient pas se cachent la tête dans la terre pour éviter un choix douloureux.

Ça n’est pas pour ça que je vote Macron.
Je vote Macron parce que dans la nouvelle division politique qui se correspond au monde numérisé, globalisé qui est le nôtre aujourd’hui, je suis de son bord.
Les anciennes structures politiques pensent un monde qui a trop changé pour leur correspondre. Leurs outils ne sont plus les bons. Ils peuvent le redevenir, quand le monde actuel aura été stabilisé, s’il doit l’être un jour, et quand le débat ne sera plus d’accompagner ou refuser les transformations.
Aujourd’hui le débat est celui-là : ouverture contre fermeture, pari de la paix contre risque de la guerre, travailler le monde tel qu’il est ou revenir à celui qui n’est plus.
A droite on reproche à Macron d’être la continuation de Hollande. C’est  stupide. Hollande a échoué de n’avoir pas suivi Macron. Macron s’est présenté de n’avoir pas été écouté par Hollande.
A gauche, on accuse Macron d’être de droite.
Il est pour l’Europe (malgré tout), je le suis aussi, il est pour libérer le travail, je le suis aussi car, le modèle social français n’est plus qu’une machine à produire du chômage et de la précarité.
Mais surtout, il n’accuse pas ceux qui ont et ne les oppose pas à ceux qui n’ont pas, il n’a pas cette idée stupide de vouloir prendre aux riches, de les faire payer, de leur faire rendre leur argent. Ça n’a jamais marché dans l’histoire, jamais, nulle part. Et c’est pourtant ce qu’on nous ressort aujourd’hui à gauche.
Non, en revanche, être pour les règles, les lois qui empêchent la triche, qui impose l’honnêteté (économique), de jouer le jeu social, ça c’est le libéralisme de gauche.
Ça signifie : libérer le travail (et tout le reste d’ailleurs, au nouveau sociétal, c’est là aussi que pourraient se reconnaître les gens de gauche) tout en se souciant des effets néfastes. Mais la somme des effets positifs sera supérieure à celle des effets négatifs, pris en charge par l’Etat.
Le libéralisme de gauche, c’est le libéralisme avec le soucis des effets négatifs. Le libéralisme de droite, c’est le libéralisme qui mise sur la réduction naturelle des effets négatifs (ce qui n’arrive jamais).
J’ai toujours voté à gauche. Mitterrand, Jospin, Royal, Hollande. Aujourd’hui la gauche s’éloigne de moi, s’éloigne du monde dans lequel je vis, du monde dans lequel vont vivre mes enfants.
Et puisqu’il faudra choisir, et non s’en laver les mains, puisqu’il faudra prendre ses responsabilités, je voterai pour la révolution libérale de Macron contre la révolution nationale de Le Pen, contre les pétainistes, les munichois, les poutinistes, ceux qui feront de notre société un monde sombre, triste, laid, honteux, ceux qui vont dégrader la France et en faire un anti-modèle.
Oui je préfère Macron à l’extrême droite, et ceux qui pensent que c’est le même mal, ceux-là se mentent à eux-mêmes et nous précipiteront dans l’abîme.
Je le dis à mes amis de gauche qui ne veulent pas de ce monde où les plus pauvres vont encore payer pour les plus riches. Ça n’est plus cette analyse qui doit guider nos actes politiques car elle n’a jamais rien produit depuis quarante ans. Elle a toujours échoué et il faut en faire le constat. 
La justice sociale passe par d’autres chemins que ni Hamon ni Mélenchon ne savent emprunter. Ils la veulent, ils la souhaitent. Mais ils ne savent plus comment y arriver. Ils appartiennent à un monde qui est derrière nous.
Que la gauche et la droite accusent Macron de défauts qui se contredisent révèle leur erreur ou leur calcul. Ils s’annulent, se neutralisent et montrent leur impuissance à penser le nouveau monde.
Je ne connais pas Macron et j’espère que l’homme saura être à la hauteur de ce qu’il défend. Tout choix comporte un risque.
Révolution libérale (de droite ou de gauche) contre révolution nationale (d’extrême droite), c’est la vérité de notre situation politique en France.
Et dans cette opposition de révolutions, j’ai fait mon choix.

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15 mars 2017

Résister


C’est un nouveau monde. Il change trop vite. Nous sommes précipités dans de nouvelles structures sociales, économiques, sociologiques.
Un monde ou la révolution numérique vient contester les frontières physiques ou mentales.
Le monde où les mœurs sont bousculées par l’émergence de nouveaux droits, d’une demande accrue de liberté. Partout les barrières s’effondrent, les limites sont repoussées.
C’est effrayant pour beaucoup car l’ancien monde est en train de mourir, d’atteindre sa limite quand le nouveau est encore trop neuf pour être maîtrisé.
D’autant plus angoissant que la pauvreté et la précarité, elles, ne reculent pas.
Un train à grande vitesse est en marche pour ce monde totalement transformé. Un train qui n’attend personne, qui ne s’arrête jamais.
D’où cette réaction négative partagée par beaucoup selon laquelle il faut arrêter ce train. Il faut s’arrêter, descendre et revenir en arrière. Fermer les frontières, revenir à notre ancienne monnaie, rester entre nous, en finir avec les « autres ».
La nostalgie est là à la mesure de l’angoisse de l’inconnu.

Ce mouvement est déjà en œuvre aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Il menace aux Pays-Bas, en Allemagne, et chez nous, en France. Les partisans du demi-tour sont aux portes du pouvoir.
Ce retour en arrière, c’est la guerre.
Les structures de décision et d’organisation collectives ont été imaginées pour empêcher les conflits d’embraser la planète.  Avec l’enfermement dans les frontières, c’est le risque de la guerre qui revient. Les conflits commerciaux qui se transforment en conflits tout court, c’est cela qu’on prépare pour nos enfants. Rien d’autre.

Alors je le dis à mes amis de gauche comme de droite, à ceux que je connais qui n’en peuvent plus de la stagnation économique, d’un modèle social obsolète qui ne sait plus protéger ou à ceux qui ne veulent pas de ce monde injuste et inégalitaire qui les révolte : vous ne connaissez pas celui qui vous attend. Demandez à vos parents, à vos grands-parents, demandez à ceux qui viennent d’ailleurs et qui vous ont permis de vivre ici, comparez les projets culturels des différents candidats, étudiez ce qu’ils vont faire de la liberté de créer, de la liberté d’opinion, de la liberté de circuler, d’aimer comme on veut. Et vous verrez alors qu’on ne peut pas renvoyer dos à dos ceux que vous détestez par réflexe idéologique dépassé et ceux qui veulent vous précipiter dans le désastre.
On ne peut renvoyer dos à dos les partisans de l’ouverture, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite et ceux de la fermeture (quels qu’ils soient, de gauche ou de droite).
Voyez aux Etats-Unis, c’est une dictature rampante qui est en train de s’installer. La dictature qui commence toujours par la production d’une vérité officielle et se termine par l’arrestation des journalistes et des opposants. C’est la Russie d’aujourd’hui.
Voulons-nous cela en France ? C’est ce qui va arriver quand l’extrême droite sera au pouvoir. Voter Le Pen c’est aligner la France sur l’Amérique de Trump et la Russie de Poutine.

Lors de la prochaine l’élection présidentielle, Vous n’aurez pas à choisir entre des candidats plus ou moins honnêtes, des politiques plus ou moins efficaces.
Vous n’aurez pas à choisir entre la gauche et la droite.
Ce débat est obsolète. La crise de la droite à travers l’affaire Fillon et la crise de la gauche sont des symptômes. Les symptômes d’un bouleversement qui s’opère sans que personne n’ait voulu s’y préparer.
La vérité est ailleurs. La vérité de notre époque c’est : ouverture contre fermeture. Refuser la marche du monde ou tenter de la maîtriser.
Ouverture contre fermeture cela signifie aussi le risque de la guerre contre le risque de la paix.
Nous aurons à choisir devant l’histoire entre une pulsion de mort et une pulsion de vie.
Mes amis, battez-vous pour un monde meilleur mais ne regardez pas en arrière.
Quels que soit la couleur des partisans de l’ouverture au monde, quelle que soit la piètre opinion que vous pouvez avoir d’eux, vous pouvez faire de la France la première nation qui résistera à cette marche ténébreuse vers la fermeture, promesse d’une violence globale.


J’enjoins tout le monde à RESISTER.